Le majestueux fleuve Saint-Laurent s’étend sur le territoire aujourd’hui connu sous le nom de province de Québec, transportant avec lui une vie foisonnante. Tout au long de l’année, il représente la force vitale qui traverse cette région, s’ouvrant sur l’océan Atlantique et sur le reste du monde. Ce corps d’eau en perpétuel mouvement est au centre de la démarche artistique de la poète et performeuse Vanessa Bell, ainsi que de l’artiste visuelle et performeuse Vicky Sabourin.
Whale Fall (Chute de baleine) de Sabourin tire son titre d’un phénomène qui se produit lorsque la carcasse d’une baleine coule au fond de l’océan, donnant lieu à un écosystème complexe et regorgeant de vie. En 1901, l’arrière-arrière-grand-père de l’artiste, Alexandre Sabourin, a fait parler de lui en découvrant une baleine échouée sur les berges du fleuve Saint-Laurent, à Longueuil. L’ensemble des objets trouvés et fabriqués composant l’œuvre forme une constellation de couches émotionnelles, matérielles et narratives. Chaque élément est une relique complexe, qui appelle une observation attentive et une mise en relation avec le tout. Structurée autour d’un imposant coquillage en papier mâché – sculpture qui joue avec l’échelle, la texture et l’imaginaire – Whale Fall évoque les mémoires incarnées que l’on accumule en longeant les rives d’un fleuve, en y ramassant des bribes d’un environnement toujours fragmenté et renouvelé.
Alors que Sabourin utilise des objets comme vecteurs de sens, Bell crée des poèmes qui traduisent les paysages sensoriels – images, sons, saveurs et sensations – d’un territoire riche en eaux avec lesquelles entrer en relation. Son recueil De rivières (2019) entremêle des thèmes tels que la sororité, la maternité et le féminisme avec des parcours de devenir qui s’unissent aux étendues d’eau et cheminent avec elles. Bell écrit:
ne renonçons à rien
il existe le fleuve pour les temps durs
et nos têtes méritent un ailleurs souverain
Dans son ouvrage Fendre les eaux. Apprivoiser la baignade nordique (2023), elle propose une approche pratique de l’immersion hivernale, mêlant récit, histoire, science et poésie afin d’accompagner les personnes intéressées par la baignade en eau libre. Dans un passage consacré à l’amitié, elle déclare: «Ce livre serait incomplet s’il n’abordait pas l’amitié, voire l’amour. Par-delà les concepts rattachés à la production d’ocytocine, la baignade en eau froide est une grande aventure d’intimité.» C’est à ce point de jonction entre amitié et intimité, fondé sur un amour commun de l’eau, que ces deux artistes entrent en dialogue dans le cadre de Manif 12. Le croisement de leurs pratiques interdisciplinaires fait écho à l’héritage d’artistes qui ont cherché à inscrire leur corps dans des eaux en mouvement.
Cette exposition est présentée dans le cadre de Manif d’art 12 – La biennale de Québec
Photo: Vicky Sabourin